21-23 avril : décidée mais inquiète

La dernière ligne droite vers ma décision ne fut pas celle envisagée. Je pensais relire les programmes, j’avais emporté avec moi l’enveloppe électorale reçue jeudi, soit dit en passant bien tardivement pour ceux qui ne comptent que sur cela pour se forger une opinion, mais avant d’avoir le temps de lire ces professions de foi, après une courte sieste dans le train qui me menait vers la Bretagne, un nom s’est imposé.

D’aucuns diront : ce n’est pas bien sérieux après un mois et demi de réflexion quotidienne. On pourrait croire que c’est uniquement l’instinct qui a parlé. Oui et non, car les réflexions de ces derniers jours ont dû le guider. J’avais déjà restreint mon choix à deux noms, mon souci de l’écologie ayant été mis en berne par les candidats mêmes. Il n’a pas été porté dignement par EELV, ni par les autres, seul Mélenchon a fait un bon boulot sur le sujet mais je l’avais mis de côté pour les axes majeurs de son programme. Il fallait choisir sur trois autres critères importants pour moi : le respect de l’humain, la justice sociale et la résolution de la crise. Bayrou et Hollande se tenaient à la corde. C’est la force de conviction qui a fait pencher ma balance. Mes valeurs ont été mieux portées dans cette campagne par Hollande ! Mais c’est aussi la stratégie qui a eu son petit mot à dire, il fallait soutenir Hollande dès le 22 avril pour lui donner la force de résister à Sarkozy dans l’entre-deux tours. Donc je n’ai pas été victime d’une illumination, mais plutôt éclairée par une lumière au bout du tunnel, j’ai cueilli le fruit à maturité.

Ainsi ma consigne de vote s’est dessinée dès samedi midi. L’après-midi, au lieu de relire le programme de Mélenchon, comme prévu, j’ai regardé le discours du Bourget, puisqu’il avait fait l’unanimité ce jour là, le 22 janvier, pour trouver un peu d’élan dans mon vote. Et c’est vrai qu’il était encore frais et donc meilleur que pendant la campagne officielle. Vote confirmé. Je ne suis plus une indécise.

Dimanche a été consacré à un peu de peinture… oublier quelques heures ces élections avant d’entrer dans le marathon de la soirée électorale… il faudrait d’ailleurs changer de mot car la « soirée » a commencé à 17h sur twitter et surtout sur #radiolondres. Si les messages, des dizaines à la minute, étaient parfois drôles, les jeux de mots fusant pour imager les noms des candidats, et si le sentiment d’être dans les petits papiers était grisant, les résultats annoncés ne furent pas si probants. Pendant 2 heures les chiffres, émanant des sites belges et suisses ( ?), étaient sans surprise, certains ont même suggéré qu’ils n’étaient fondés que sur les sondages des derniers jours. Il y avait un air de fête dans les 3/4 des tweets : les tulipes se vendaient à un cours plus élevés que la Rolex. Mais à une heure des résultats, on arrête la rigolade, c’est la panique, Le Pen ferait 20%. Il y avait bien une surprise, mais une mauvaise. Si les tweetos clamaient haut et fort la victoire du net, c’était un échec, car entre 16% annoncés à 17h et les 20% de 19h, il y avait de quoi faire basculer une élection, rappelez-vous 2002. Le net peut diffuser n’importe quel chiffre, cela confirme qu’il ne faut pas interdire cette diffusion, si on ferme tous les bureaux de vote à 20h : le débat sera ainsi clôt.

20h : les estimations tombent sur toutes les chaînes et semblent confirmer le score de Le Pen, mais les chiffres varient jusqu’à 3 points entre les instituts de sondages. Allez on croise les doigts et je zappe de chaîne en chaîne pour trouver le résultat qui s’imposerait. Mais à 22h30 les mêmes écarts sont toujours annoncés. C’est une claque pour ces sondages « sortie d’urne », ils ne sont pas fiables. 23h, ouf, la tendance est quand même à la baisse. Mais cela remet largement en cause mon sentiment favorable à plus de proportionnelle dans notre démocratie. On ne peut oublier que sous une République très démocratique, dans laquelle la proportionnelle était très poussée, la République de Weimar, un peuple pas plus raciste que les Français à la même époque, mais nettement plus touché par une crise et avec une plus jeune expérience de la démocratie, a porté Hitler au pouvoir, en toute légalité.

Que dire de cette soirée ? Mon élan est coupé par le « rien ne sera plus jamais comme avant » de Le Pen. Elle n’a pas tord, jusqu’où peut-elle aller ? Je suis très inquiète pour l’avenir, car en 5 ans Hollande ne va pas balayer la crise, il peut au mieux calmer un peu le jeu et en atténuer les conséquences pour une majorité de Français, et 2017 sera un boulevard pour Le Pen. J’aurais presqu’envie que Sarkozy passe pour éviter un tel avenir pour notre pays.

Le score de Mélenchon n’est en revanche pas une surprise, l’engouement suscité relevait surtout d’une envie d’ailleurs. Mais la peur des communistes a parlé pour tous ceux qui n’avaient pas pris la Bastille. J’ai toutefois trouvé très louable l’allocution de Mélenchon : il ne négocie pas, il reste droit dans ses bottes, appelant à lutter contre la droite et surtout contre l’extrême droite.

Pas de surprise en ce qui concerne Joly et Bayrou. Une parole qui me console dans cette soirée, celle de Joly, les électeurs de Le Pen « se trompent de colère ». Allez j’ai envie de la croire, ces électeurs ont fait un vote contestataire sans prendre toute la mesure de ce que propose Le Pen.

Alors la suite ? 1 ou 3 débats ? Hollande aurait déjà dit non à la proposition de Sarkozy. En tout cas pour la première fois depuis…??? … il n’y aura pas les quelques jours de tractation habituels. Les positions sont claires pour tous dès le soir même du premier tour. La gauche unie derrière Hollande et Le Pen joue la carte de la défaite de Sarkozy et de l’explosion de l’UMP pour prendre la direction de la droite dans l’opposition. Certes Bayrou a dit prendre le temps de la réflexion, mais ses proches ont l’air unanimes : ils ne peuvent pas voter Sarkozy.

Les résultats quasi définitifs  à 11h ce matin du 23 avril :

Hollande 28,63%

Sarkozy 27,08%

Le Pen 18,01%

Mélenchon 11,13%

Bayrou 9,11%

Joly 2,28%

Dupont-Aignan 1,80%

Poutou 1,15%

Arthaud 0,57%

Cheminade 0,25%

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    23 avril 2012

    2 réponses à 21-23 avril : décidée mais inquiète

    1. rf said:

      ah tiens pas Bayrou

    2. Pingback: 08-10 mai : derniers mots, je vais « disparaître ici »… | Citoyenne Indécise

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