17 avril : « L’hésitation montre que les électeurs réfléchissent »

Je reprends ici, en titre et ci-dessous, un article signé par le politologue V. Tiberj, lu hier dans la tribune de LExpress.fr, car il valorise par des mots un peu plus sérieux que ceux de ce journal le bienfondé de ma démarche, il trahit bien la nature de mon indécision et il répond à quelques unes de mes interrogations de ce week-end :

«  Pendant longtemps, on a associé l’hésitation des électeurs avec une sorte d’incompétence politique. On a, constamment, associé l’indécision aux couches moins éduquées et moins aisées de la population. Mais il faut en finir avec cette vision traditionnelle! 
Bien sûr, il y a encore une partie des électeurs qui hésite parce qu’ils sont mal informés. Mais cela ne résume pas le phénomène d’hésitation qui parcourt l’électorat. Il faut y ajouter une part non négligeable de la population qui est très politisée, mais hésite. 
Pourquoi l’indécision serait-elle une mauvaise chose? Aujourd’hui, les électeurs peuvent changer d’avis, prendre les promesses des candidats avec des pincettes, et je trouve que c’est très positif! Ils sont plus instruits, mieux informés, et réfléchissent plus. 
Les sondages commettent fréquemment l’erreur de sous estimer ce phénomène. Les instituts d’étude posent des questions comme: « Si l’élection avait lieu dimanche prochain, pour qui voteriez-vous? » Mais en faisant cela, ils forcent la main aux personnes interrogées. 
En fait, seule une minorité de Français vote pour le même parti à toutes les élections. Les gens ont de multiples préférences politiques et peuvent changer de vote d’une élection à l’autre. Ainsi, durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, le titre de « principal concurrent du PS à gauche » est passé du NPA aux écologistes puis au Front de Gauche. 
Cette indécision concerne surtout l’intérieur d’un camp -on ne bascule pas de droite à gauche au cours d’une campagne. Et elle tient au fait que le vote est devenu très stratégique. En cela, le cas de Jean-Luc Mélenchon -donné à 13-17% selon les enquêtes- est intéressant. Une bonne part de ses électeurs -environ la moitié- indique qu’ils ne souhaitent pas vraiment qu’il soit élu mais se servent du vote « Front de Gauche » pour envoyer un message au candidat socialiste. 
L’hésitation peut-elle changer le cours de l’élection? 
L’incertitude, qui court jusqu’à la dernière minute, peut influencer la vie politique pour des dizaines d’années. Prenons l’élection de 2002: 14% des votants ont décidé pour qui voter dans l’isoloir. Une proportion énorme si l’on songe à l’infime écart qui a séparé Lionel Jospin et Jean-Marie Le Pen au premier tour -moins de 1%! 
Mais tant que les qualifiés au second tour ne changent pas, les scores des uns et des autres au premier tour ne modifient pas fondamentalement le second. Les électeurs ont déjà une idée de pour qui ils vont voter au deuxième tour. 
Tout ne va pas donc se rejouer durant l’entre deux tours, les blocs sont déjà là. Ceux qui votent pour un autre candidat de gauche que François Hollande ne vont pas voter pour Nicolas Sarkozy. Et ceux qui votent Bayrou sont souvent parmi les plus instruits: ils ne seront donc pas forcément sensibles à une éventuelle consigne de vote donnée par leur candidat. »

Seconde satisfaction de la journée, le « débat » dans l’émission Mots Croisés de France 2. Certes elle était un peu tard, 23h-1h, et certes il s’agissait davantage d’une succession d’avis des candidats ou de leur porte-parole que d’un débat, mais elle a eu pour intérêt de les interroger sur les mêmes questions, donc de vraiment comparer leurs points de vue, et elle a été menée avec intelligence par Y. Calvi. On regrettera seulement, comme certains candidats l’ont fait, que, parmi les 4 seuls sujets abordés, le nucléaire et l’immigration aient été privilégiés au détriment de l’éducation ou de l’écologie.

En écoutant cette émission on se dit parfois que certaines mesures de bon sens pourraient s’imposer à tous les gouvernants, il faudrait qu’ils mettent parfois leur orgueil de côté pour adopter une loi qui n’émanerait pas de leur camp ; cela a souvent été un des points forts des centristes et pour cela je pense qu’ils devraient être mieux représentés à l’assemblée nationale. Ce genre d’émission ne facilite pas le choix pour les indécis car on penche pour l’un puis l’autre des candidats pour lesquels on hésite d’une réponse à une autre, mais on cerne bien les priorités de chacun et les compatibilités ou non entre les candidats pour lesquels on hésite. Et puis c’était nettement moins racoleur que Des paroles et des Actes, à tel point que Cheminade est presque apparu comme une candidature sérieuse. Donc il fallait les 2 émissions : la première pour mettre les plus extrémistes face à leur radicalité, la seconde pour affiner les candidatures sur lesquelles on hésite en ce moment.

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    17 avril 2012

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