14-15 avril : les volatiles ne sont pas encore sortis de leur cage

Un week-end chargé en rencontres m’a complètement coupé des médias, un break assez appréciable après un mois intense en la matière. C’est l’occasion de faire le point à une semaine du scrutin, un point sur mon indécision mais aussi sur celle de ceux que je côtoie.

Vendredi soir j’ai dîné chez un ami qui a l’art de réunir des proches de tout bord politique. Nous étions dix, donc les discussions se faisaient en petit groupe et tournaient autour des nouvelles respectives et de sujets de sociétés assez variés : le féminisme, l’histoire des pieds noirs au Maroc ou la chasse. Mais, à la fin du repas, l’un d’entre nous a fait remarquer que l’année dernière, à la même époque, nous aurions parlé principalement de la campagne présidentielle, ce qui confirmerait ce que l’on entend partout : cette campagne est ennuyeuse ! Et là c’était parti, la mèche était allumée et, cette fois-ci, les 10 convives participaient à la même conversation. Parmi eux : 3 étaient sincèrement indécis, 2 manifestaient des valeurs respectivement de gauche et de droite, mais ne soutenaient pas ouvertement un candidat, ne voulaient pas être étiquetés, 3 avaient choisi leur poulain et étaient engagés, le dernier n’a pas parlé à ce sujet, il restera mystérieux !

Le pragmatisme économique de droite s’est heurté à la réalité économique d’une personne qui gagne moins de 1700 euros ; quand la raison parle à l’expérience personnelle, il n’y a plus de dialogue possible. Entre les deux ? J’avoue mon admiration pour le premier aficionado d’Hollande que je rencontre, alors qu’il envisage dans son plan de carrière de gagner un jour plus de 1 million d’euros par an. Pourquoi ne votera-t-il pas Sarkozy comme tous ses collègues ? A cause de son éduction politique. On peut, à partir d’un certain âge, s’en détacher, mais celle-ci demeure comme un frein : il y a des limites à ne pas dépasser. Le discours très à droite de mon père, prononcé dans les années 1970/80, en pleine guerre froide, crée en moi un frein solide envers tout ce qui sonne communiste, alors que pour notre aficionado élevé dans une famille à l’extrême gauche le centre droit sera une limite à ne pas franchir. On ne peut pas adhérer au grand méchant loup de notre enfance ! Mais il exprimait une véritable admiration pour Hollande, un amour ( ?), alors qu’il avait voté Aubry aux primaires. Le déclic : le Bourget.

Le meeting de cet après-midi à Vincennes aura-t-il le même effet sur les indécis ? Pour ma part je ne vais ni à celui là ni à la concorde. J’ai dit : repos et réflexion. Je reprends donc le fil…

Le déjeuner de samedi se passa avec un couple d’amis dont l’homme m’offrit la plus grande surprise du week-end. Toujours convaincu sur son vote Sarkozy, il a maintenant une nouvelle stratégie : voter Mélenchon au premier tour pour mettre Hollande face aux contradictions qui l’attendent et ainsi l’affaiblir. Au-delà de cette élucubration, il reflète bien les mentalités de ceux que je rencontre : non pas voter utile, ça fait trop 2002, mais voter stratégique. J’avoue ne pas réfléchir en ces termes, je veux juste voter en connaissance de cause.

Samedi après midi j’ai été interviewé par une radio sur mon indécision exprimée ici. J’ai été surprise de réaliser que je ne savais plus quel avait été mon premier scrutin présidentiel. Je crois que je reste autant marquée par l’élection de Mitterrand en 1981 et les discussions d’adolescente que j’ai pu avoir en 1988 que par mon premier vote en 1995. Comme si ma voix ne comptait pas plus que ma pensée ou mes émotions ! Il me fut d’ailleurs plus facile de raconter mon parcours politique que d’expliquer ma démarche actuelle. Peut-être étais-je fatiguée après une heure de parole, mais je pense aussi que c’est le propre de l’indécision. Comme si elle était difficilement défendable, portant la marque de la légèreté. Or je n’ai jamais été aussi bien informée que pour ce scrutin ; pour les précédents j’ai voté sans jamais ouvrir le programme de mes candidats. J’ai donc toujours voté à l’instinct. Aujourd’hui personne ne s’impose à moi et la surinformation, mère de ce journal, ne fait que renforcer ma circonspection. Pourquoi suis-je pour la première fois indécise ? J’ai insisté sur l’élément clé que représente la crise actuelle. Ce serait les enjeux à venir qui m’auraient incité à être sûre de mon vote. Il ne s’agit pas, comme chez les abstentionnistes, d’exprimer un rejet de la classe politique. En effet quelle utopie d’espérer dans une démocratie avoir un candidat parfait ? La démocratie c’est l’intérêt général : le consensus ne peut qu’engendrer l’insatisfaction d’une partie des citoyens. J’ai été étonnée de mon propos récurrent lors de cet entretien sur le métier de citoyen que j’avais le sentiment d’exercer en ce moment et la figure d’épuisement dégagée face au micro. Alors vivement que cela se termine ? Poursuivrais-je cette démarche par la suite ? Sincèrement je ne sais pas, mais ce n’est pas encore l’heure du bilan.

J’en reviens aux indécis, car je ne suis pas sûre de moi quand je dis que seule la crise justifie ma position. Après tout je n’ai jamais par le passé clamé haut et fort mon vote, choisissant la posture de ma mère sur le secret de l’isoloir. Après le décès de mon père, mon indécision et ce journal auraient-ils pour mission d’aller fleureter avec les tabous de mon éduction ? M’entrainera-t-elle vers les voies du militantisme ? Ou ne participe-t-elle pas simplement à une incapacité à s’engager ?

Bien sûr le dîner de samedi, avec 2 autres indécis, a relancé le débat. Sincèrement je ne me sens pas seule dans ma démarche… Alors pourquoi tant d’indécis chez les 30/40 ans parisiens middle class ?

-   Les indécis rencontrés ce week-end sont d’abord des déçus de Bayrou et de Joly. Ils ont un positionnement politique mais pas le bon candidat, il est possible qu’il y ait aussi des déçus de Sarkozy mais ils s’expriment moins nettement car il faudrait revenir sur 5 années de bilan et surtout ils n’ont guère d’autres alternatives !

-  Les déçus de Joly ? J’ai de nouveau dû exprimer ma perplexité face à l’attitude de ceux qui ont toujours voté écolo. Ils n’ont jamais eu de champion, ce serait même le dogme de l’anti-personnalisation du pouvoir qui expliquerait le choix de Joly par EELV. Alors pourquoi abandonner cette fois-ci un programme à cause d’une personne ? Ce parti souhaite davantage de proportionnelle et il se fait damer le pion par le chantre de la VIe (IIIe) République qui a su mettre une bonne dose d’écologie dans son programme. Mélenchon a tout compris : pour revenir à un régime parlementaire il faut d’abord jouer le jeu de la Ve.

-   En ce qui concerne Bayrou : il paye son isolement politique et, la grande surprise de vendredi soir, son catholicisme ! Je n’avais pas mesuré à quel point la laïcité était encore un combat majeur pour de nombreux Français. Sarkozy oui apparemment. Hollande le nouveau chantre du combat des radicaux de la IIIe !

-   Il y a enfin les indécis du PS, ceux qui n’ont pas trouvé en Hollande leur champion : ils sont tentés par Mélenchon, trop amers d’avoir voté l’année dernière pour Royale par dépit et en vain, mais il y a aussi ceux qui ont voté Cheminement en 2002 au lieu de Jospin et qui songent au vote utile. Le dilemme est grand pour eux : entre la raison et le cœur.

Les convives de ces différents repas connaissant mon journal, j’étais pour les militants le porte-voix des indécis, la femme à abattre, enfin à faire parler pour qu’elle dise pour qui elle allait voter. Impossible pour eux de comprendre les indécis, trop déstabilisant car contrairement à un opposant on ne peut pas détruire son argumentaire. Les indécis sont les électeurs volatiles, ceux qu’on ne saisi pas au propre comme au figuré. Ceux qui sont capables de tout ?

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    15 avril 2012

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