11 avril : le 22 c’est quitte ou double ?

J’étais persuadée que l’émission Des paroles et des Actes serait diffusée hier soir, j’avais réservé ma soirée à cet effet. Ce fut l’occasion de voir en direct les clips de campagnes (et oui je me modernise, j’arrête de parler de spots), notamment certaines versions longues qui contredisent parfois ce que j’écrivais hier sur les versions courtes ; je pense à la colère rouge d’Arthaud. J’étais donc dans le bain lorsque je réalise que France 2 allait diffuser le Titanic : était-ce un coup de Cheminade ? Je vérifie sur le programme, non, non c’était prévu. L’émission tant attendue était en fait pour le lendemain et jeudi. Je zappe un peu dans le vide et par dépit je décide de regarder Qui veut être Président sur France 4. À défaut de voir les candidats, je vais entendre la relève. Puisque je ne pourrais pas, comme prévu, parler ici du débat je pensais commenter cette émission aujourd’hui.

J’allais me coucher sur la victoire du néo-Sarkozy, quand je tombe sur Taddei (encore une fois j’avais prévu de le regarder, mais c’est tellement tard qu’entre temps j’avais oublié). Et là je reste, je lutte contre ma fatigue. Je prends en cours les explications, certainement très brillantes, de Dessertine sur la crise, sur la menace qui pèse sur la France après le 6 mai. Il est question d’Eurex, un géant de la finance, qui nous attend au tournant, cela irait dans le sens de l’article de The Economist. La campagne présidentielle n’aurait été qu’un répit depuis la perte de notre triple A.

Et là, une femme que je ne connaissais pas, Judith Bernard, metteur en scène et comédienne, a fait une remarque simple mais lumineuse, que je résume avec mes mots (j’espère qu’elle me pardonnera) : si l’économie est si cruciale dans la gestion de la France, pourquoi les citoyens ne sont-ils pas davantage formés sur le sujet ? On sent bien que ce qui se passe est grave, mais comme nous n’avons pas les clefs de la compréhension, on baisse les bras, on se retire humblement pour laisser cela à plus compétents ; ceci expliquerait l’indécision actuelle et l’abstentionnisme à venir. Pour l’abstention, il y surtout les sempiternels déçus de monde politique et le non respect du référendum sur l’Europe n’a pas arrangé les choses. Mais ceux-là pourraient aller voter Bayrou qui propose de moraliser la vie politique, c’est un début. Mais revenons sur notre compétence à faire un choix en fonction de ce qui nous semble le plus important : sortir de cette crise qui nous étouffe à coup sûr.

Ai-je les moyens de fixer mon vote sur cette question ? Je me sens également dépassée par le sujet. Il faut dire que nos candidats ne nous aident pas. Tous les observateurs étrangers sont interloqués par notre « déni » de la situation financière actuelle. Seul Bayrou clame haut mais pas très fort que Sarkozy et Hollande ne pourront tenir aucune de leurs promesses. Donc il ne propose aucune dépense supplémentaire. Cela suffira-t-il pour sauver les meubles ? Le Monde fait un article solide sur le sujet la du chiffrage des programmes ce matin, en ne tenant compte que de ces trois hommes, les autres proposant de sortir du système. Selon ces candidats, avec leur politique, la dette devrait décroitre. L’article conclut en effet que les résultats seront sensiblement les mêmes avec les 3. La différence pour faire notre choix ? Hollande augmentera les impôts, Sarkozy diminuera les dépenses et Bayrou fait 50/50, sans dépenses nouvelles. Alors déni ou pas déni ? Non sur les intentions, oui sur la prise en compte des réalités. Le problème est que ces chiffrages misent sur une croissance optimiste et n’envisagent pas du tout la claque que veut nous mettre la finance internationale, ou plus simplement l’accentuation de la crise européenne toujours possible.

Et là je repense à l’émission de France 4 que je n’ai peut-être pas regardée pour rien. Il y avait une épreuve d’anticipation de sortie de crise (une centrale qui explose, une prise d’otage, l’utilisation de la torture en cas de menace terroriste et apprendre qu’on a une maladie incurable). Une autre question ne s’imposait-elle pas : vous êtes élu le 6 mai, mais le 7 notre note s’effondre, nous ne pouvons plus emprunter qu’à des taux exorbitants, il faut pourtant payer nos intérêts, dans cette urgence que faites vous ? J’aimerais la poser à nos 10 candidats. Peut-être en sera-t-il ainsi dans les émissions de France 2 à venir, mais à mon avis pas avant l’entre deux tours. D’ici là :

-   Soit on choisit entre les 3 qui acceptent le jeu européen et on se dit « ils aviseront », sous couvert de : on ne peut guère savoir exactement que faire avant d’être face au problème. Sarkozy n’est-il pas passé de l’apologie du modèle anglo-saxon dans un discours bling-bling à celle de l’Allemagne sur fond de rigueur affichée par de Fillon ?

-   Soit on sort du système : 48 % des 18-24 y songent, en se portant sur Le Pen (29%) ou sur Mélenchon (19%). Sont-ils les plus courageux ou font-ils fi de la faisabilité de telles mesures ? Tout ce qu’ils doivent voir c’est la situation des jeunes en Grèce et en Espagne, si c’est en effet celle qui les attend, ils ont raisons d’être audacieux. Mais je repense alors à l’Argentine qui a osé sortir du carcan international, cela faisait rêver, mais à quel prix : avoir misé, par exemple, sur le tout OGM pour nous les vendre et spéculer sur les produits agricoles ! Rattrapé par l’inflation galopante, le peuple commence quant à lui à déchanter.

Ne pouvant voter à l’extrême droite je me repenche ce matin sur les propositions de Mélenchon à propos de notre dette. Soit-dit en passant la citoyenneté à la papa c’est fini, en un clic je trouve le passage dont j’ai besoin dans son programme en ligne :

« Notre stratégie se décline en quatre axes : reprise du contrôle des mouvements de capitaux aux frontières de l’Union européenne ; possibilité que les banques centrales contribuent directement au financement des biens et des services publics ; obligation de détention de titres de la dette publique par les institutions financières ; abrogation du Pacte de stabilité et du Pacte pour l’Euro+ pour ouvrir la voie à un nouveau Pacte européen de progrès social et de codéveloppement. »

Une question demeure : comment cela est-il possible sans sortir de l’Euro ? Et donc de l’Europe. Là est la grande incohérence de Mélenchon par rapport à Le Pen. Sortir de l’Europe ? C’est aller vers une inconnue qui fait flipper les « vieux » comme moi. Alors mieux vaut-il ne pas parler d’un avenir que l’on sait au fond de nous-mêmes sombre ? Ne faudrait-il pas avoir le courage de l’aborder franchement au lieu de faire un programme de gouvernement sur les 6 mois à venir ?

Quitte ou double :

-  Soit je choisis la radicalité, le grand saut dans le vide proposé par les extrêmes : aurais-je ce courage ? Après tout je n’ai personnellement rien à craindre vu ma situation ! Il y a quand même un hic : ce qu’ils proposent ne me semble pas être l’avenir, mais le passé.

-   Soit je choisis le statut quo : oui il manque clairement un candidat qui aurait des idées neuves, mais on va être sérieux deux minutes et affronter la crise dans laquelle on s’est mis à force d’élire ceux qui nous faisaient miroiter qu’on pouvait continuer à dépenser sans compter.

Une chose est sûre en tout cas : à l’issue de ce mois et demi de journal, si je me profile vers la fin de mon indécision, je sais que je n’irai pas voter avec le sourire. D’ici là je vais essayer de la garder, avec vous j’espère !

Partager sur :

    11 avril 2012

    2 réponses à 11 avril : le 22 c’est quitte ou double ?

    1. JFD said:

      J’aime beaucoup ton blog que notre amie commune,A.T., m’a permis de découvrir. Bien à toi,
      JFD

    Laisser un commentaire

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

    *

    Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>