1-2 mai : dernières litanies du « moi, je … » avant 5 ans

Tous les analystes disaient que le candidat en tête devait faire profil bas lors du débat, pour éviter l’erreur fatale, toujours possible, et laisser à l’outsider la posture de la dernière chance. Hollande a pris le contrepied de cet adage et le débat est déjà considéré comme le plus dynamique de la Ve République. C’était surtout plus fatiguant pour nous car les candidats passant leur temps à accuser l’autre de mensonge, il fallait aller à la pêche aux infos sur twitter. On a eu le droit aussi à votre ami un tel, votre chère une telle…. Tout ça dans un tour d’Europe qui ne nous a malheureusement pas fait voyager.

Sur la forme : après 15 minutes flamboyantes de Sarkozy, Hollande a pris le dessus. Le point de rupture : dénoncer le satisfecit que s’auto-adresse Sarkozy en permanence, cela permettait d’insister sur son bilan. Alors Sarkozy a joué la carte des mensonges et faux chiffres d’Hollande, mais comme c’est invérifiable sur le moment, cela n’a pas fait mouche. Hollande faisait de même, on était dans un combat de menteurs, on a même eu un clin d’œil respectif au « merci, je ne suis pas votre élève » de Mitterrand à Giscard. Hollande a fait une belle profession de foi pour certains observateurs, une litanie pour d’autres avec son « Moi, Président de la République » répété une vingtaine de fois, façon détournée de critiquer la présidence de Sarkozy. C’est la même rhétorique que celle que j’avais relevée dans son meeting des Landes. Plus simple cette fois-ci, mais qui frisait la punition : tu copieras 20 fois « Moi, Président de la République » ! J’ai préféré son pic de mi-parcours : « ne confondez pas la France avec votre personne ! »

Sur le fond : les faiblesses du programme économique d’Hollande ou des accords avec les Verts du PS ont été soulevées par Sarkozy, sur l’immigration il a même sorti une lettre d’Hollande, un peu comme Lenglet sort son graphique, à propos des centres de rétention. Mais Sarkozy a fait des erreurs magistrales là où il devait s’imposer : poussé par Hollande il a ressorti l’Allemagne de son chapeau ; il a assimilé tous les immigrés à des musulmans, s’enfonçant ensuite en démontrant à Hollande que l’immigration venait à plus de 90 % d’Afrique (sic) ; il a perdu son sang froid lors des attaques d’Hollande sur ses cadeaux aux riches, il a été trop technique sur la dette. Il conclut en s’adressant directement aux électeurs de Bayrou et Le Pen : règle d’or et fermeture des frontières, un grand écart européen qui frise le claquage. Hollande conclut sur le respect, il me conforte dans mon vote.

Hollande gagne le débat sur twitter. L’Express.fr est plus diplomatique : « l’impact du débat devrait être limité ». Libé a fait le buzz en sortant sa Une dès 22h, titrant « Hollande préside le débat ». Pour moi aussi Hollande a gagné, mais ceux qui votent Sarkozy diront de même et de toute façon l’histoire retiendra le gagnant du 6 mai pour vainqueur de ce débat.

Et pendant ce temps, après l’Argentine, c’est la Bolivie qui nationalise, Mélenchon doit bouillir de jalousie. Et pendant ce temps les Syriens meurent pour leur liberté, je désespère. Et pendant ce temps … il va falloir revenir bien vite dans la réalité de ce monde, c’est donc un soulagement qui émerge à la fin de ce débat : ouf, on va bientôt passer à autre chose. Et dire que les Romains élisaient leurs consuls tous les ans, avec des campagnes électorales qui duraient plusieurs mois !

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    3 mai 2012

    Une réponse à 1-2 mai : dernières litanies du « moi, je … » avant 5 ans

    1. Brasco said:

      Pas photo ! Victoire par KO d’Hollande. L’envolée d’Hollande c’était du football total, du Cruyff and co sur le terrain : pendant 3 mn Sarko a regardé jouer son adversaire, sans rien faire…
      Et puis il y eut les mensonges éhontés de Sarko, le plus énorme reste sans doute celui du Bristol, aisément vérifiable dans la presse. Sans oublier les petites bassesses du président, comme l’attaque sur Strauss-Khan à laquelle Hollande a magistralement répondu avec hauteur morale. Je remarque qu’à ce petit jeu, Hollande lui s’est abstenu d’évoquer les finances lybiens, l’affaire des frégates pakistanaises ou même la propulsion (finalement mise en échec par l’émoi de l’opinion !) de Jean Sarkozy du haut de ses 22 ans et de son Bac +1 à la tête de l’EPAD…
      L’un partait pour l’Elysée, quand l’autre sombrait dans le caniveau. De toute façon, les cultures politiques sont-elles que les partisans de l’un ou l’autre ne varieront pas d’un iota. Pour m

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