08-10 mai : derniers mots, je vais « disparaître ici »…

Un dernier bilan sur ma démarche citoyenne et sur la tenue de ce journal s’impose avant de le refermer définitivement. En ce qui concerne l’élection elle-même, j’étais bien moins au courant des règles de campagne que je ne le pensais. Par exemple : je confondais fin du dépôt des parrainages et début de la campagne officielle. Ainsi j’ai attendu avec impatience les clips de campagne alors que leur diffusion ne pouvait commencer que le 09 avril. Je pense que les médias pourraient présenter les règles de la campagne dès qu’elle commence et ne pas attendre chacune de ses étapes pour les détailler et en faire un marronnier. Cela serait la moindre des choses pour les personnes qui vont voter pour la première fois, mais aussi pour ceux qui comme moi oublient ces éléments d’une campagne à l’autre.

Les règles du temps de parole sont restées bien mystérieuses pour moi : entre obligations pour les services publics, et encore, si j’ai bien compris, pour la télé seule, et règles de bonne conduite pour les chaines et radio privées, j’ai été un peu perdue. En outre la distinction entre télé, radio et presse écrite perd tout son sens quand on les consulte tous sur internet. De même une grande partie des citoyens, moi la première, a pu jouer les journalistes en se vantant d’être au courant des résultats 2 à 3 heures avant 20h. Cela ne respecte pas l’égalité républicaine. Pourquoi ne pas fermer tous les bureaux de vote à 19h. Et enfin, les chaînes de télé ne devraient pas pouvoir commencer leur émission dédiée à la soirée électorale un quart d’heure avant les résultats, au moins pour le second tour pour lequel les images des QG et des lieux de fête prévus étaient lisibles. Il faudra revoir tout cela avant 5 ans. Le Conseil constitutionnel devrait plancher sur le sujet, enfin je l’espère, car il semble que l’on n’en parle que quand la machine est enclenchée.

Sur mon métier de citoyen, je note que la tenue de ce journal m’a pris bien plus de temps que je ne le prévoyais. Je tablais sur 2 heures par jour, prise d’information comprise, cela a pu aller jusqu’à 4 heures. La rédaction, la mise en page et les efforts pour assurer la diffusion de mon propos ont considérablement alourdi ma tâche quotidienne et ils relèvent davantage de la démarche d’un journaliste ou d’une citoyenne indécise très engagée que de celle d’un citoyen lambda. Mais comme l’exigence de retranscription et de diffusion de mon propos m’ont forcée à une grande rigueur dans la prise d’information, n’est-elle pas indispensable pour être une citoyenne consciencieuse ? Mon parcours vers la décision a grandement bénéficié de cet exercice. J’ai le sentiment d’avoir voté en âme et conscience, libérée de mon expérience antérieure ou d’influences actuelles. Cela explique certainement un certain manque d’entrain, c’est la raison qui a parlé, je n’ai pas été emportée par l’élan des partisans vers la victoire.

La principale surprise vis-à-vis de l’exercice fixé fut de constater la porosité de mon cerveau. Il s’avère difficile de tenir un discours construit sans l’élaborer par écrit. Ce sont surtout des impressions qui découlent de nos écoutes ou lectures. Cela n’a pas empêché les discussions passionnées avec mes proches mais ce sont bien souvent deux ou trois thèmes qui ressortaient : le vote utile, le charisme du candidat, la faisabilité économique de ce qui était proposé ou encore la tonalité des quinquennats passé ou à venir. Alors je ne peux blâmer les journalistes de se focaliser sur ce que l’on appelle « les petites phrases ». L’information et les analyses sont disponibles à qui les cherche, mais notre « temps de cerveau disponible » est restreint.

Mon bilan sur les médias est donc plutôt positif. Si l’on a parfois entendu une critique acerbe de la qualité de la campagne, elle relève davantage des sujets privilégiés par les candidats que des médias. A ce propos le reportage visionné hier sur Canal +, un suivi sur six mois des stratèges de la campagne, était très intéressant. On y découvre le niveau d’improvisation et d’adaptation dans les stratégies adoptées. En outre, d’un point de vue des personnalités, ce reportage confirme l’importance de Buisson dans la campagne de Sarkozy, au grand damne de certains proches du président. Mais il donne surtout une des clefs de son échec : il a fait ses choix seuls, à l’instinct, privilégiant la droitisation de son propos à la défense de son bilan, sans faire la synthèse de ce que ses conseillers lui offraient. Guaino a dû faire la girouette pendant que Raffarin ou Rama Yade devaient ravaler leurs valeurs. L’erreur de Sarkozy : croire que le centre droit le suivrait coûte que coûte et ne pas prendre en compte l’anti-sarkozysme des électeurs de Le Pen. Hollande a su quant à lui s’entourer de collaborateurs aux tendances politiques parfois éloignées afin de créer une convergence vers sa personne. Le rôle de Sapin se révèle pleinement. Le reportage analyse les tactiques des deux favoris, mais elles étaient déjà bien connues. La nouveauté, enfin pour moi, fut de suivre le revirement de Le Pen, sous l’influence certaine de son père, qui a fait le métier : sortir de l’euro inquiétait une partie de son électorat, alors que la préférence nationale était une valeur sûre. La tactique du bouc émissaire fonctionne mieux quand il a un visage, d’où également l’abandon par Hollande de la finance, l’ennemi sans visage, pour se concentrer sur Sarkozy.

J’ai également regardé le reportage de Moati mais je ne retiens rien de ce suivi assez classique des candidats en campagne. Dans l’ensemble mon bilan sur l’offre télévisuelle est mitigé. Elle a été lente à démarrer, alors que nous avions été abreuvés d’émissions en janvier/février, sans parler des primaires socialistes. On a eu le sentiment d’un soufflé qui retombait, d’où l’insatisfaction de beaucoup sur la qualité de la campagne. Il a fallu attendre le début du mois d’avril pour que la machine soit relancée.

Toujours à propos de la télé, j’ai regretté de ne pas avoir suivi Lapix, mais impossible de la regarder le dimanche midi, et que l’émission de Taddei fût réduite au seul mardi. Calvi a en revanche continué sur sa ligne, il est celui qui a offert les débats les plus acérés. Malgré cela, il ne restera pas de vision forte de cette campagne, si ce n’est le débat final, qui marquera les esprits grâce à la pugnacité des deux candidats. Toutefois, dans la forme, il est resté bien classique. Les autres émissions ont davantage servi de tribune aux candidats, ce qui relève aussi de la mission des principales chaînes. Oui la télé a fait le job, mais elle n’a pas su innover. Tout le monde est resté à table.

La principale nouveauté de cette campagne 2012 est ailleurs : les places des grandes villes sont redevenues des agora, la rue a repris la place qu’elle occupait jusque dans les années 1960, et tout cela à l’ère du web 2.0 ! Mais justement c’est peut-être parce qu’internet et les réseaux sociaux ont été les meilleurs canaux de diffusion de l’info et de discussion des citoyens que l’on pouvait tranquillement sortir de chez soi pour aller vivre cette campagne à l’air libre.

Avec le printemps qui s’annonce enfin, je vais pouvoir moi aussi quitter sans scrupule mon écran, mais je voulais terminer ce journal en exprimant le plaisir que m’ont procuré les retours positifs sur cette expérience partagée avec vous autres, citoyens.

FIN

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    10 mai 2012

    Une réponse à 08-10 mai : derniers mots, je vais « disparaître ici »…

    1. chat de gouttiere said:

      Chère citoyenne indécise,
      En tant que chercheur scientifique, je viens saluer votre soin de croisements, de recoupement non des diverses informations, bien bien des divers canaux qui les véhiculent. Je vous ai lue, sans intervenir, laissant l’oeuvre se créer sous mes yeux.
      Merci pour la lecture proposée.
      Un citoyen indifférent.

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