03 avril : « je ne promettrai rien que je ne pourrais tenir »

Peu de choses sur la campagne sont venues à moi depuis 24 heures alors je peux me permettre d’écouter un meeting. Je choisis celui de Hollande en streaming sur le site francoishollande.fr., filmé dans les Landes, à Mont de Marsan, le 29 mars. La vidéo s’annonce longue, une heure, je m’arme de courage, et il en faut car cela commence par un bon quart d’heure pour me motiver à aller voter. Je dis « me », c’est une erreur, car la tradition du meeting n’a pas opéré de révolution numérique. Quand on est dans la salle, à laquelle on a peut-être accédé avec difficulté, que l’on est venu voir son champion, on a le temps pour une introduction si longue. Alors, devant mon écran, je me laisse distraire par les sous-titres qui sont écrits en simultané. Pourquoi ? Sont-ce les images diffusées sur les écrans pendant le discours ? Est-ce alors fait pour les malentendants qui ne lisent pas les signes de la main (car il y a plusieurs personnes dédiées à cette tâche sur la scène) ? C’est en tout cas assez gênant pour moi car je lis les erreurs de prise de note, les corrections orthographiques en direct, les mots ou phrases que la personne n’a pas eu le temps de prendre en note… Bref je suis distraite, mais je ne manque pas grand-chose.

Comme je le disais, le discours commence par un matraquage pour motiver les troupes à aller voter le 22 avril, avec des attaques en règle contre Sarkozy et son bilan. Pourquoi pas, mais il est quand même gonflé de ne mentionner la crise qu’à la 19e minute ! Certes il ne veut pas donner d’argument à Sarkozy, mais il ne faut pas non plus faire l’autruche. En fait toute la première moitié du discours est consacrée au ping-pong de la campagne. Le passage sur l’Europe m’intéresse particulièrement car c’est là que sont les plus grands doutes sur cette candidature. Dire qu’il va renégocier les derniers traités européens, ok, mais pour faire quoi ? Il ne met pas en cause les décisions prises, mais il refuse l’austérité, son cheval de bataille est la croissance au grand damne de ceux qui fustigent notre isolement à venir. Ce fut le plus mauvais passage de son discours, trop confus, trop vague, il ne concurrence pas du tout Mélenchon sur le sujet.

Le repas est prêt, je fais une pause, ça c’est l’avantage du streaming, je peux aller manger tranquillement devant l’Edition Spéciale de Canal +. Laïus sur les sondages et leur validité… encore… présentation d’un article de The Economist à propos de l’attitude de la France qui ne prendrait pas la mesure de sa situation économique et financière, les marchés menacent de nous plomber pour nous placer « à notre juste valeur », et ce dès le lendemain des élections, pour faire la nique à la « French arrogance ». Et pourquoi ne pas le faire maintenant ? Si j’étais parano ou socialiste, je verrais rouge. En tout cas cette intervention me plombe moi qui ai terminé sur Hollande et l’Europe avant de manger… Je me ressaisis avec le dessert : quoi Sarkozy n’a-t-il pas tout fait pour aller dans le sens de la grande Finance ? Mélenchon n’a-t-il pas raison : ils ne seront jamais contents, autant tout foutre en l’air. Bayrou au secours, Mr-j’avais-compris-le-problème-de-la-dette-avant-tout-le-monde allez leur parler, s’il vous plaît. En tout cas Hollande était directement visé, il va falloir que je me remotive pour retourner à Mont de Marsan.

Mais j’ai le ventre plein, j’ai repris des forces, je vais même arrêter de lire le discours en bas de l’image pour me concentrer sur ses mots.

Il a de l’humour quand même, parfois trop fin d’ailleurs. Ainsi quand il se met à parler à la place de la droite qui aurait peur du retour de la Gauche au pouvoir : « Si la Gauche revient, elle va vider les caisses », c’est fait répond Hollande qui a repris sa voix. Oups, blanc dans la salle, certes le déficit s’est aggravé depuis 10 ans, mais quand même on est en déficit depuis 1974 ! Donc est-il en train de donner raison à la droite ? En fait c’est un gimmick, il fallait attendre la suite « Si la gauche revient, elle va accentuer la dette », c’est fait, on est à 90 %, « Si la gauche revient, elle va augmenter les impôts », c’est fait : et voilà enfin les chiffres qui rassurent le public, 30 nouvelles taxes depuis 2007. Il continue sur la compétitivité de la France, sur l’indépendance énergétique, sur la sécurité, sur la laïcité… en fait je suis encore dans la partie sur la critique du bilan de Sarkozy !

Allez, la demi heure est passée, on en arrive à sa profession de foi, le rappel des heures de gloire de la gauche. Il faudra quand même qu’on m’explique ce que la décolonisation est venue faire dans le lot, surtout quand ce rappel se termine par la volonté de poursuivre le rêve français « d’une démocratie plus forte que les marchés, d’une République plus puissante que l’argent ». Le Socialisme et la décolonisation, ça n’a pas été le rêve des Africains en tout cas ! Ensuite il dit avec bon sens « je ne promettrai rien que je ne pourrais tenir » alors il parle de respect des fonctionnaires, des entreprises, des chercheurs, des jeunes…. J’aime bien cette idée du respect, en effet elle ne coûte rien mais elle dit tout. S’il y a deux choses que je n’oublie pas du quinquennat de Sarkozy c’est le passage en force du référendum sur la constitution européenne, et pourtant j’avais voté Oui, mais c’était un outrage à la démocratie. Malgré tout on ne peut  guère lui en tenir rigueur car il avait dit dans sa campagne de 2007 qu’il le ferait, donc mathématiquement il y en a qui ont voté Non au référendum et Oui à Sarkozy, il pouvait considérer que les Français avaient révisé leur vote entre 2005 et 2007. En revanche les discours de Dakar et de Grenoble me restent en travers de la gorge, comme les « casse toit pauv’con », « on est bien chauffé ici, merci », etc… Le respect commence déjà dans les mots que l’on choisit.

Après 35 minutes de discours on arrive à ce qui doit éclairer ma lanterne : ses premières mesures. Bon on n’a pas un calendrier précis comme Bayrou, mais c’est quand même assez clair. Je reprends mon code du 27 mars +, -, ?, ! et / (rappel = pas réalisable) :

-  Séparer les activités des banques entre dépôt/prêt et spéculation : + +

-  Mobiliser l’épargne des Français pour l’investissement et l’emploi : ?

-  Stimuler l’investissement par une Banque spécifique : +

-  Moduler les taux d’imposition des entreprises en fonction de leur taille et de leurs investissements : ++

-  Annuler la TVA sociale : +

-  + 25 % d’allocation rentrée scolaire : !

-  Revoir les tarifs de base de l’eau, EDF, etc. : /

-  Encadrer les loyers : /

-  Augmenter la dotation horaire au collège : ?

-  Redonner des moyens aux RASED : +

-  Encadrer les dépassements d’honoraires des médecins : !

-  Réformer l’hôpital pour qu’il ne soit plus ce qu’il est devenu, une entreprise : ++

-  Contrat de génération pour l’emploi des jeunes et des séniors : /

-  Revoir les exonérations selon les priorités : +

Quid des 60 000 postes dans l’éducation ? Il a dit qu’il ne pouvait pas le faire, techniquement, pour la rentrée. En ce qui concerne les 75 % de taxe pour un revenu supérieur à 1 million d’euros, il avait reconnu plus tôt que c’était symbolique. Le réalisme prime malgré tout.

Dans le dernier quart d’heure, Hollande est revenu sur l’appel au vote et sa profession de foi, j’ai bien aimé sa formule à propos de son regard sur les autres candidats : il respecte ceux de gauches, reconnais ceux du centre, combat ceux de droite et d’extrême droite. Cela doit plaire aux journalistes prospectivistes de l’entre deux tours.

Points négatifs du discours :

-  Rien sur l’écologie, c’est pourtant une priorité qui peut être cumulée avec la lutte contre la crise, Mélenchon y arrive bien.

-  Rien sur la culture, cela me fait beaucoup de peine.

-  Rien sur la politique internationale : mis à part une énième critique contre Sarkozy, pour avoir reçu Kadhafi et Bachar el-Assad.

Le seul moment qui portait sur la place de la France dans l’avenir du monde : son rôle de leader européen dans la renégociation des traités de ces 2 dernières années ! Là où il a été le plus mauvais.

En fait la seule vrai idée qui distingue Hollande, celle qu’il porte en effet clairement depuis un an, c’est de tout miser sur la jeunesse. Et dire qu’elle ne vote pas ou peu… c’est courageux.

Alors voter Hollande ? Je pense qu’il ne fera pas de miracles mais je suis un peu rassurée sur le côté poche percée que d’aucuns lui ont prêté. Toutefois, je suis inquiète sur l’International et sceptique sur le fait de tout miser sur la croissance et la confiance pour résorber nos dettes si l’on reste dans ce modèle économique.


Discours de François Hollande à Mont-de-Marsan par francoishollande

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    3 avril 2012

    2 réponses à 03 avril : « je ne promettrai rien que je ne pourrais tenir »

      • admin said:

        Merci pour le lien … moi personnellement je mets 5 en écologie à Hollande, et cela rend encore plus aberrant l’alliance avec EELV…

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